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Vis-à-vis des apprenants, c’est-à-dire mise en œuvre comme moyen de relation pédagogique et pas uniquement comme « méthode de relation » à enseigner, l’approche interculturelle appelle, de la part de l’enseignant de langue, une grande bienveillance et une grande compréhension. En effet, changer de langue est un processus long, courageux, délicat, qui déstabilise beaucoup la personne même qui apprend, puisque cela touche jusqu’à son identité individuelle. La langue, qui est l’un des éléments clés de notre relation au monde et aux autres, n’est pas qu’un outil : cela concerne l’ensemble de ce qu’est une personne humaine. Changer de langue, c’est changer de « version du monde », c’est donner une autre image de soi, c’est donc perdre momentanément ses repères (pour en construire d’autres). D’où des réactions fréquentes de régression, de refus, de blocage dans le chemin qui conduit vers la pratique de l’autre langue, de l’autre culture et la rencontre de gens différents. C’est surtout difficile pour les monolingues, dont la version du monde, les schèmes linguistiques et culturels étaient de type « universels » jusqu’à ce que la rencontre de la différence (la vraie rencontre par la compréhension approfondie) les relativise fortement. Cette survalorisation de sa langue et de sa culture propres s’appelle l’ethnocentrisme (variante collective de l’égocentrisme). Nous en sommes tous victimes, à des degrés divers : donc soyons vigilants !
Cette « résistance au changement », tout à fait naturelle, ne peut être vaincue que par l’encouragement, la valorisation, la bienveillance, et surtout pas par l’autoritarisme, la dévalorisation et la sanction. On n’apprend à parler une langue qu’en la parlant, à vivre une culture qu’en la vivant : toute pratique « pédagogique » qui tend à décourager la prise de parole et la vie collective est de fait anti-pédagogique, au moins dans l’enseignement des langues, et probablement bien au-delà ! Et ceci d’autant plus avec de grands débutants, dont les maladresses et les tâtonnements, les erreurs relatives, sont la condition et la preuve de leur apprentissage : c’est leur différence de locuteurs commençants, et elle mérite tout notre respect.
Dans la phrase « On n’apprend à parler une langue qu’en la parlant », en est un pronom personnel qui remplace le COD « une langue ».