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L’œuvre du pédagogue brésilien Paulo Freire est peu connue en France. La pédagogie des opprimés, qu’il a écrit en 1968 durant son exil politique au Chili, peut pourtant être considérée comme un classique — ce serait même le troisième ouvrage le plus cité au monde dans le champ des sciences humaines et sociales. La pédagogie des opprimés est avant tout une théorie de la révolution. Son but est d’établir des moyens concrets et pratiques permettant d’émanciper le peuple des rapports de domination que lui impose l’ordre social actuel.
Une action pédagogique n’est pas nécessairement une action émancipatrice : comme action socialisante, elle peut aussi contribuer à reproduire l’ordre établi. C’est pour cela que Freire oppose à la pédagogie révolutionnaire une pédagogie conservatrice qu’il appelle « pédagogie bancaire ».
Si Freire propose de qualifier ces pratiques de « bancaires », c’est parce qu’ici, l’éducateur est à l’élève ce que l’épargnant est au compte bancaire. Comme l’épargnant (qui transfère de l’argent), l’éducateur réalise, par ses leçons, un transfert de savoir. Ce faisant, la pédagogie conservatrice conduit les élèves à reconnaître la légitime supériorité de leurs éducateurs et, plus généralement, à percevoir comme acceptables les rapports d’oppression qui structurent l’ordre social.
L’oppresseur, aussi bienveillant qu’il soit, peut, au mieux, améliorer quelque peu la vie des opprimés, mais jamais les émanciper. Tant que l’éducateur est un oppresseur, l’éduqué sera un oppresseur, l’éduqué sera un opprimé. Pour Freire, les pratiques susceptibles de concrétiser cette émancipation sont celles qui favorisent le dialogue réfléchi entre l’éducateur et l’éduqué. Dans ce cadre, il n’est plus question de mémoriser un savoir mort, mais d’amener l’élève à s’approprier des outils critiques lui permettant de comprendre sa situation et d’envisager des façons d’agir pour la rendre plus juste. C’est sur cette base qu’une nouvelle forme de relation sociale peut s’établir, une relation fondée sur le désir commun de transformer l’ordre social établi.
Selon nous, ces raisons suffisent à montrer que nous gagnerions, aujourd’hui, à nous approprier le contenu de La pédagogie des opprimés pour rafraîchir nos idées sur les injustices sociales et sur ce que nous pouvons faire pour nous en libérer.
Le mot « bienveillant » (ligne 25) est un adjectif masculin dont la forme au féminin est bienveillante et caractérise une personne ayant bonne disposition envers les autres.