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Aujourd’hui les thèmes abordés dans ce genre musical sont très variés et certains artistes s’appliquent à produire des textes travaillés, nourris de références littéraires. Mais quel français parle-t-on dans le rap ? Pour Julien Barret: « Le registre employé dans le rap est à première vue populaire voire argotique. » Et de préciser: « Le rap s’est en fait toujours construit sur une confrontation des niveaux de langue. » Par exemple, le groupe NTM emploie le subjonctif imparfait: « Que vouliez-vous que je fisse sinon du hardcore » dans Nouveau Massacre et Booba utilise le passé simple dans Billets violets : « Nous retournâmes sur Dagobah, nous désertâmes les carrés VIP ». Le français permet d’associer des tournures rares à des termes plus « crus », ce qui en fait « la langue la plus efficace pour exprimer les sentiments », estime Georgio.
Comme nous l’explique le rappeur parisien Hyacinthe, dans le rap la métrique des vers est remplacée par le « beat » (battement) qui impose le rythme de la diction. Ensuite pour Julien Barret « de nouvelles figures sont inventées par le rap: c’est le cas de la rime multisyllabique, qui rappelle certaines formes de rimes inventées et pratiquées au Moyen-Âge». Elle consiste à faire rimer de manière approximative des syllabes non plus en fin de mots mais de manière disséminée dans l’ensemble de la phrase. On en trouve un bel exemple dans la chanson Écrire de Nekfeu: «Pas de simagrée, même si les signes sont gravés c’est crade ici / Tous indécis malgré les cimes qu’on gravit c’est gravissime.»
Enfin, et contrairement aux idées reçues, une large partie du rap contribue à enrichir la langue française en introduisant de nouveaux mots ou des termes oubliés. Georgio se plaît ainsi à introduire dans ses textes des mots rares. Comme lui, de nombreux artistes ont recours à des inventions. Julien Barret explique: «Souvent les rappeurs adaptent les emprunts en les francisant («snapper» pour utiliser l’application Snapchat par exemple) ou en détournant leur sens. De nombreux néologismes naissent grâce à des contractions ou l’utilisation de suffixes (le «zer» à la fin des mots chez Booba par exemple).»
Dans l’extrait « Le français permet d’associer des tournures rares à des termes plus « crus » » (lignes 12 à 13), les mots « tournures » et « termes » sont des noms et déterminent le genre et le nombre avec lesquels les articles et les adjectives doivent s’accorder.