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#healthy: la mode du manger beau En France, des milliers de blogs, comptes Instagram et Youtube, sont consacrés à cette nouvelle forme d’ascétisme alimentaire, manger « sain » , ou, en anglais, « healthy ». L’un des ressorts du succès de ce genre de médias est à chercher dans ce que le sociologue Dominique Cardon nomme « l’identité potentielle », l’image de soi que l’on voudrait atteindre: par exemple, celle d’une personne saine, heureuse et responsable, qui prend soin de son corps, de son esprit et de la planète. La philosophe Corine Pelluchon y voit une façon de se réapproprier son existence. « Il ne s’agit pas uniquement de se montrer, mais de partager ses connaissances sur l’alimentation et d’attester de quelles valeurs on se porte garant. » Elle-même végétarienne depuis quinze ans et végan depuis deux ans, elle se souvient de ses propres difficultés à l’époque où elle a changé de régime alimentaire: « Les réseaux sociaux font le travail que les médecins ne font pas ; quand vous dites « je deviens végétarienne », ils vous répondent que vous allez avoir des carences. » De fait, tout en précisant qu’elles ne peuvent se substituer à des médecins, les vedettes de l’alimentation healthy s’improvisent nutritionnistes et recommandent de supprimer tous les produits transformés, d’écarter le gluten, le sucre, les produits laitiers, certains féculents et, généralement, d’éviter toute protéine animale. Cependant, manger « sain » peut représenter une menace pour l’équilibre écologique, ce qui semble paradoxal, comme le fait de consommer des fruits rouges et des tomates hiver comme été. L’avocat, superstar des adeptes de la nourriture saine, s’affiche à toutes les saisons. Plus de cinq millions de clichés postés sur Instagram, et déjà, les conséquences de sa consommation de masse menacent l’équilibre écologique de certaines régions d’Afrique du Sud. Quant au succès du quinoa dans les pays riches, il provoque sa culture intensive au Pérou, où on le fait pousser à basse altitude et à grands renforts de pesticides. Des conséquences qui agacent celles qui plaident depuis des années pour une alimentation diversifiée. Claire Chapoutot, auteure du très lu Clea Cuisine, l’un des premiers blogs français de cuisine végétale gourmande, porte un regard bienveillant sur cette tendance – « après tout, des régimes alimentaires encore marginaux il y a quelques années se démocratisent » –, cependant, cette végétarienne depuis plus de vingt ans regrette les modes et les injonctions à consommer uniquement tel ou tel produit: « Je n’aime pas le mot « sain ». Je préfère parler d’alimentation « équilibrée » et surtout diversifiée. Là, tout le monde mange la même chose. Ce n’est pas très créatif. » Internet: <www.lemonde.fr> (texte avec adaptations).
D’après le texte présenté, jugez les propositions suivantes.
Pour la philosophe Corine Pelluchon, divulguer son propre régime alimentaire est une façon de partager connaissances et valeurs sur l’alimentation.