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LA CULTURE, UN REMPART CONTRE LA CRISE
LES VENTES DE LIVRES DE POCHE ET LA FRÉQUENTATION DES BIBLIOTHÈQUES CONNAISSENT UN ESSOR ÉTONNANT EN ESPAGNE, UN PAYS DUREMENT FRAPPÉ PAR LA RÉCESSION. TOUR D'HORIZON À BARCELONE.
De quoi sommes-nous prêts à nous passer em temps de crise ? Pas d'une certaine culture ni de certains loisirs, en tout cas. "La culture est ce qui reste quand on a tout oublié", disait Edouard Herriot dans les terribles années 1930. Cela fait belle lurette qu'en Espagne aussi la culture n'est plus perçue comme du superflu, mais comme une nécessité quotidienne.
Le paysage économique a beau être sombre, il reste de l'espace pour l'imagination, l'innovation, l'adaptation. Et certains domaines se portent bien. Même "franchement bien", reconnaît Núria Cabutí, directrice éditoriale des éditions De Bolsillo.
Selon un célèbre dicton, le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste attend qu'il change, le réaliste règle la voilure. Il est vrai que déjà quelques petits diffuseurs n'ont pas résisté à la crise, et les premiers chiffres pour 2009 ne sont pas encourageants. Mais il faudra attendre les mois d'avril et de mai (la Journée internationale du livre le 23 avril et le Salon du livre de Madrid en mai) pour en savoir plus. "Le livre ne connaît pas de grandes oscillations", assure Antonio María Avila, directeur de l'Association professionnelle des éditeurs. "Il ne grimpe pas quand tout va bien, il ne dégringole pas quand tout va mal. Et si le taux de lecture a perdu 2,3 points, cela ne concerne que les personnes qui disent lire seulement un ou deux livres par an. Car le nombre de lecteurs fréquents est en augmentation constante, il est passé de 22% à 37%."
PLUS LA SITUATION S'AGGRAVE, PLUS LES GENS LISENT
De fait, certaines librairies s'en sortent bien. La chaîne Bertrand, après avoir ouvert huit petits points de vente sur le territoire espagnol, a inauguré le 3 mars dernier une librairie de plus de 1 500 mètres carrés avec 25 salariés dans le centre de Barcelone. Non loin de là, la librairie La Central est un autre exemple d'établissement qui se porte bien.
"Si le livre résiste bien à la crise, commente Antonio Ramirez, directeur de la librairie La Central, c'est parce que les gens ont mauvaise conscience, ils s'en veulent d'avoir gaspillé, d'avoir vécu au-dessus de leurs moyens, dans la culture du superflu. Ils ont compris que le livre pouvait améliorer leur formation, leur capacité à affronter la vie et à être mieux préparés pour un avenir incertain. Pour les mêmes raisons, ils offrent davantage de livres, en particulier aux enfants." Quant au prix, il revêt aujourd'hui une grande importance. Les ventes de livres chers (ceux qui coûtent plus de 40 euros) et de livres d'art ont chuté de 15%. "Les éditeurs publieront moins de titres et prendront moins de risques, prévoit M. Ramirez, et je crains qu'il n'y ait ait un appauvrissement en termes de qualité."
Le secret de La Central ? "Fidéliser notre clientèle. Le lecteur sait qu'ici il ne trouvera que du bon." Un pronostic ? "Ce sont les petits et moyens éditeurs qui vont souffrir le plus." Des changements d'orientation du fait de la crise ? "Nous allons renforcer nos stocks. Nous allons nous consacrer plus au fonds qu'aux nouveautés." Autre conséquence directe de la crise: les étudiants à faibles revenus se réfugient de plus en plus dans les bibliothèques de Barcelone. La fréquentation a augmenté de 11% en 2008, pour atteindre 5,7 millions d'usagers, et les prêts de livres de 12%.
Extrait et adapté de: www.courrierinternational.fr 05.03.2009 | Josep Massot – La Vanguardia
Dans le passage "ils s'en veulent d'avoir gaspillé", (l. 36) l'expression soulignée peut être remplacée par: