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Ma Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie
Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing
Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe
Tant pis si jadis je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !
Ma tâche est d’éveiller mon peuple aux futurs flamboyants
Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole !
Ce petit poème de Léopold Sédar Senghor démontre que le combat de la négritude n’était donc pas, pour lui, un combat d’exclusion. Au contraire, il n’a cessé de militer en faveur du métissage des cultures. Quitte à choquer ses frères africains, il les avertit « de s’assimiler pour ne pas être assimilés ».
Ce que certains vivaient comme des contradictions, ce poète Sénégalais l’envisageait comme une évidence. Défenseur de l’indépendance des Etats africains, celui qui fut le premier président du Sénégal a aussi été l’artisan d’une francophonie qu’il voulait « modèle et moteur » d’une « civilisation de l’universel ». Une position qui l’a parfois fait mal comprendre en Afrique dans un contexte marqué par les séquelles du colonialisme. Senghor, le premier Africain à siéger à l’Académie Française, était surtout amoureux de la langue du colonisateur. Ce poète qui naquit en 1906 était un homme vraisemblablement en avance sur son temps, constatent beaucoup de spécialistes.
Il n’y avait dans l’esprit de cet académicien aucune contradiction entre son amour de la langue française et sa revendication de négritude. Un concept qu’il élabora avec ses amis Aimé Césaire (Martiniquais) et Léon Gontran Damas (Guyanais) et qu’il définissait ainsi : « La négritude est un fait, une culture. C’est l’ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d’Afrique et des minorités noires d’Amérique, d’Asie et d’Océanie ».
Senghor se donne le devoir d’assujettir les gens de son pays, grâce à la force de sa Parole et au pouvoir de son éloquence de Président de la République.