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Lisez le fragment ci-dessous, un extrait du texte Le discours sur le colonialisme, de l’écriavein martiniquais Aimé Cesaire, écrit en 1955.
« Poursuivant mon analyse, je trouve que l'hypocrisie est de date récente ; que ni Cortez découvrant Mexico du haut du
grand téocalli, ni Pizarre devant Cuzco (encore moins Marco Polo devant Cambaluc), ne protestent d'être les fourriers d'un
ordre supérieur; qu'ils tuent; qu'ils pillent; qu'ils ont des casques, des lances, des cupidités ; que les baveurs sont venus plus
tard; que le grand responsable dans ce domaine est le pédantisme chrétien, pour avoir posé les équations malhonnêtes:
Christianisme = civilisation; paganisme = sauvagerie, d'où ne pouvaient que s'ensuivre d'abominables conséquences
colonialistes et racistes, dont les victimes devaient être les Indiens, les Jaunes, les Nègres.
Cela réglé, j'admets que mettre les civilisations différentes en contact les unes avec les autres est bien ; que marier des
mondes différents est excellent; qu'une civilisation, quel que soit son génie intime, à se replier sur elle-même, s'étiole ; que
l'échange est ici l'oxygène, et que la grande chance de l'Europe est d'avoir été un carrefour, et que, d'avoir été le lieu
géométrique de toutes les idées, le réceptacle de toutes les philosophies, le lieu d'accueil de tous les sentiments en a fait le
meilleur redistributeur d'énergie. »
(CÉSAIRE, Aimé. Discours sur le colonialisme. Paris: Présence Africaine, 1955.)
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